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Couverture

ANNIE ET LES OISEAUX

Type : roman

Publication : avril 2026

Auteur : Hervé Jaouen

Editeur : Presses de la Cité

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Présentation :

 

Nous sommes mi-décembre 2023, en Bretagne, dans un hôpital… Annie s’apprête à passer un quatrième jour dans le couloir des urgences.  Un médecin reconnaît l’auteur au côté de son épouse, et s’écrie : « Vous ? VOUS ! Écrivez ! Aux journaux ! Au député ! Au MINISTRE ! Dites-leur que la situation de l’hôpital est un scandale ! UN SCANDALE ! »

 

Deux semaines plus tard, Hervé Jaouen écrira : « Elle n’a pas sombré dans son dernier sommeil, elle a péri dans un naufrage médical. » Et de cet incompréhensible naufrage il lui faut dresser le procès-verbal.  Il y expose sans fard la genèse d’un enchaînement fatal : médecin traitant peu perspicace, hôpital surchargé, communication déficiente, diagnostic tardif, sauvetage impossible.

 

Mais rédiger le constat d’un désastre n’apaise pas la détresse des survivants. Alors, dans le journal de l’apprentissage de la solitude qu’il tiendra pendant presque deux ans, Hervé Jaouen oppose à la tragédie un florilège de moments de bonheur. Anecdotes pour retrouver le sourire, souvenirs de voyages à l’écart des foules, promenades, lectures partagées, dîners au coin du feu et rituels d’un couple que rien n’a jamais désuni jalonnent le chemin d’une très longue complicité amoureuse.

 

Ils étaient lycéens quand ils se sont rencontrés, même la mort n’a pas pu les séparer. Voulant croire qu’Annie s’est réincarnée en mésange qui chaque matin vient toquer au carreau, Hervé dialogue avec elle. En contrepoint d’une brutale réalité, la poésie et l’onirisme de leur échanges composent un portrait radieux de celle qui aimait tant les oiseaux.

 

Par-delà le deuil, une magnifique histoire d’amour.

Extrait :

 

"  Mardi 12 décembre 2023

 

Hôpital, parking des urgences. Deux ambulances à l’arrêt sur la rampe d’accès.   À l’intérieur du sas de délestage, un véhicule de pompiers.

 

Avant de monter, je grille une cigarette dans l’espace réservé, un auvent en béton ouvert à tous les courants d’air, ce dont n’a cure un fumeur en fauteuil roulant, juste vêtu d’un pyjama, malgré le froid. Il a le teint cyanosé. De larges cernes bleu de Prusse lui mangent les joues.  À son cou pend un oxygénateur nasal. La clope, son verre de rhum du condamné ?

 

— Aux urgences, c’est le chaos, lui dis-je.

 

— Ils sont débordés. En plus de la bobologie, un tas de gens âgés. Grippe, Covid, une palanquée de pneumopathies. En pédiatrie, des gosses partout. Épidémie de bronchiolite.

 

— Ça fait trois jours que ma femme poireaute dans le couloir.  

 

— Y a pire que le couloir. Je viens de Rennes. Là-bas, ils m’avaient remisé dans un placard à balais.

 

Qu’il avale goulûment la fumée fait ressurgir d’un passé lointain une rencontre mémorable avec un cancérologue dans un hôpital parisien. Au téléphone, nous avions sympathisé, entre Finistériens. Son nom était aussi breton que le mien.  À je ne sais quel titre il jouait le rôle d’émissaire d’une maison de production, semble-t-il apparentée au parti communiste, qui envisageait d’acheter les droits d’adaptation audiovisuelle de l’un de mes romans. J’avais l’occasion de me rendre à Paris, nous étions convenus d’un rendez-vous sur son lieu de travail.

 

Le couloir de son service était à l’hôpital ce que sont aux villages anglais les promenades ombragées de tilleuls : on y déambulait à pas lents. Tandis que les malades en chaussons poussaient leurs potences de perfusés, dans son bureau le cancérologue écrasait mégot sur mégot de Gitanes et soufflait des ronds de fumée d’humour noir. Soulevant le couvercle d’un énorme congélateur rempli à ras bord de tubes à essai, il me dit :

 

— Ma récolte. Ça vient de partout, d’Europe, d’Afrique, des Amériques.  Des échantillons de sang de malades du SIDA.  Il y a là-dedans de quoi rayer l’espèce humaine de la surface du globe.

 

Au détour de nombreux coq-à-l’âne de gens trop pressés d’échanger sur un tas de sujets, sautant du projet d’adaptation de mon roman à l’art de pêcher le couteau avec une baleine de parapluie, des paons de Flannery O’Connor à la fréquence des cancers gastriques en Bretagne rurale – « La gnôle et la soupe brûlante… » –, je lui dis que je venais de perdre un ami.

 

— Trente-neuf ans, tumeur au cerveau.

 

— C’était quoi, son boulot ?

 

— Dentiste.

 

—  Dentiste ! Tu sais qu’ils tiennent le pompon en matière de cancer du cerveau ? Tu pourras me donner les coordonnées de la veuve ? J’aimerais bien qu’elle m’autorise à voir le dossier. Je bosse là-dessus avec des confrères suédois. On pense que la radio est en cause.  Toi, tu chopes une dose tous les trente-six du mois, mais ton arracheur de dents ? Trente-six fois par jour ?

 

Il voyageait beaucoup, donnait des conférences à l’étranger, y compris à l’est du rideau de fer. Savant de réputation internationale, il était aussi poète. Il me dédicaça une plaquette qu’il venait de publier.

 

J’abandonne le fumeur suicidaire à la bise, emprunte le passage piéton de la rampe d’où les ambulances n’ont pas bougé.  Je décline mon identité au guichet, précise qui je viens voir. On tapote sur le clavier de l’ordinateur.

 

— Madame Jaouen est toujours aux urgences. 

 

— Même endroit ?

 

— Je pense que oui. 

 

Trois jours auparavant, la standardiste m’avait guidé dans un long contournement du bloc, de façon à éviter de traverser la salle des admissions, sa lumière tamisée, ses stalles séparées par des rideaux.  Depuis, j’ai appris à couper par là.

 

Je remonte le train à l’arrêt des lits alignés le long des locaux de service.  Rien que des vieilles dames bien sages. Un panel, une sélection de condamnées à attendre. Dans le sauve-qui-peut, le mot d’ordre a été donné : les jeunes d’abord ! De l’autre côté de la voie de garage, en face d’Annie, dans une chambre dont la porte n’a jamais été fermée, il n’y a plus d’appareils au chevet du malade. Bouche béante, teint de momie. Trépassé, à coup sûr. De nombreux proches le veillaient en permanence. « Sans doute des gens du voyage, m’avait dit Annie. À la clinique, ils étaient parfois vingt à attendre dans le hall que je leur annonce que l’opéré s’était réveillé et que tout allait bien. »

 

Deux infirmières, ou aides-soignantes, roulent le lit du mort vers la porte, tentent de virer dans le couloir. La manœuvre est impossible. Il faut libérer de quoi effectuer un créneau sur une portion de quelques mètres.  Surgit un médecin appelé en renfort. Mâchoires serrées, furibard, il s’attelle au convoi. Les wagons se mettent en marche, Annie est garée dans un recoin, je me plaque contre le mur pour laisser passer le cadavre.

 

Le médecin m’aperçoit et s’écrie : 

 

— Vous ?... VOUS ! 

 

A-t-il vu ma trombine dans la presse ou sur la quatrième de couverture d’un roman ? Il pile devant moi, mouline des bras pour prendre à témoin le plafond, les murs, le plancher, le mort, les malades, le personnel, et me somme :

 

— VOUS ! Écrivez ! ÉCRIVEZ ! Aux journaux ! Au député ! Au MINISTRE ! Dites-leur que la situation de l’hôpital est un scandale ! UN SCANDALE ! 

 

Et comment donc, que je vais écrire. Mais je n’enverrai pas de poulets aux journaux, ni de lettres au député ou au ministre, j’écrirai un livre.

 

À mes lecteurs, parmi lesquels l’on vous comptera peut-être, cher docteur, je ne dirai pas que ma bien-aimée est partie, s’est éteinte, repose en paix, a rendu l’âme, quitté ce monde, exhalé son dernier soupir. À mes petits-enfants, je ne raconterai pas d’histoires. Ils ont assisté à sa mise en terre, ils savent bien que leur Nannie n’est pas montée au Ciel.

 

Je n’éluderai pas ce mot brutal qui cingle comme un coup de fouet l’interlocuteur non informé auquel je l’assène encore, un an après. Comment va votre épouse ? Comment va ta femme ? Comment va Annie ? Elle est morte. Avez-vous remarqué qu’au masculin ce mot n’est pas dépourvu d’une certaine douceur ? Il se prolonge, un peu comme le « more » anglais, alors qu’au féminin il vous faut presque grimacer pour le prononcer.

 

Oui, morte le 1er janvier 2024, à dix-huit heures vingt-cinq.

 

Elle n’a pas sombré dans son dernier sommeil, elle a péri dans un naufrage médical.

 

À présent que s’envolent autour de sa tombe les feuilles de l’éphéméride de milliers de jours et de nuits d’enchantement, je veux lui dire que j’adorais la puissante simplicité de ses émerveillements. Plutôt que d’arpenter les avenues solennelles des capitales et de se sentir lilliputienne au pied de gigantesques édifices, elle préférait s’ébaudir dans la nature de la grâce d’un oiseau, de la fragilité d’une fleur, de la majesté d’un arbre… "

Critiques :

 

" Le talentueux romancier breton Hervé Jaouen a connu l'extrême douleur de perdre son épouse Annie le 1er janvier 2024, emportée en quelques mois par un cancer foudroyant. Il a arraché de cette insupportable épreuve un magnifique Journal d'un amour en deuil qui rend un émouvant hommage à cette femme, comme lui amoureuse de la Bretagne et de la nature. 

Des premiers symptômes de l'affection aux jours tristes de la solitude, Hervé Jaouen alterne le dur combat du couple contre la maladie et l'évocation de ses souvenirs avec Annie qu'il convie par la touchante formule « Je suis tu es nous sommes ». L'ensemble forme un bouleversant témoignage sur un naufrage médical mais surtout sur une immense complicité.

A noter en couverture, une très belle linogravure de Caroline Jaouen-Mailloux, la fille d'Hervé et Annie. "

Jean-Paul Guéry

Le Courrier de l'Ouest, 

Le Maine Libre, Presse Océan

L'Anjou Agricole, 

La Tête en Noir, 

Rock Hardi

https://www.babelio.com/livres/Jaouen-Annie-et-les-oiseaux/2023552#!

 

" C’est un livre magnifique, un hommage à Annie qui fut ton amour, ta compagne et ton épouse, et dont tu partageas la vie durant de si longues années dans une étroite et respectueuse complicité. Ton témoignage donne à voir une relation amoureuse vivante, jusqu’à la fin de la vie de la moitié de ton couple (qui n’est surtout pas la fin de ton couple, lequel survit en toi), avec une subtilité dans l’écriture qui ne déflore rien de votre intimité secrète. C’est aussi un portrait superbe d’Annie dont tu prolonges la vie au-delà de sa mort. Elle n’est pas partie dans le néant ; par tes mots si sensibles tu lui donnes une autre vie et tu nous apprends à l’aimer, non en tant que personnage, mais en tant que personne. 

À te lire, j’ai beaucoup apprécié tes descriptions du naufrage du monde de la Santé.

La description que tu fais de la médecine de ville ou de l’hôpital et des services d’urgence est terrible ! Et pourtant, ce n’est pas une fatalité, mais une politique volontariste – dont on voit aussi les dégâts dans l’éducation, l’université et dans bien d’autres domaines… – et, à terme, ce sont toujours les plus faibles qui en pâtissent.

Voilà, mon Cher Hervé, quelques mots que je t’adresse à l’issue d’une lecture qui m’a bouleversé.

Ton livre Annie et les oiseaux est un grand livre, plein de merveilles et de délicatesse, en même temps qu’un réquisitoire sur l’évolution – irréversible ? – de notre système de solidarité, dont Annie aura été l’une des victimes.

Je te remercie de l’avoir écrit et je vais le recommander à mes ami(e)s. "

Yves Leroy

 

" Mon très cher Hervé,

Ton livre, Annie et les oiseaux, est bouleversant ! ! !

Je n’arrête pas de le lire et de le relire.

Que de souvenirs ! Et quels récits fabuleux, et terribles…

Et la couverture de la chère Caroline, une merveille ! ! ! " 

Séverine Auffret

 

" Je vous admire d'avoir réussi à écrire tout cela, et jusqu'au bout, revivant par l'esprit - mémoire et imagination - toutes ces heures terribles, ces espoirs déçus et la terrible affirmation totalitaire de la réalité, à laquelle on ne saurait échapper, et à quoi on n'échappe jamais.  Vous avez adopté un ton neutre, pour laisser au lecteur une liberté totale dans l'émotion qu'il éprouve à suivre les phases de ce désastre terrifiant.

Car il y a quelque chose de glaçant également dans ce que vous racontez : les termes de la langue médicale, la langue savante, la langue qui ne s'approprie pas les figures de la sensibilité, mais désigne froidement les signes (sémiologie), en considérant à peine le patient dans ce qu'il est d'abord : un être humain qui souffre, et qu'accompagnent d'autres êtres humains douloureux, effrayés, espérant trouver non seulement une réponse, mais encore un réconfort.

En romancier expérimenté, et de grand talent, et même dans un livre pareil - on imagine combien cela a dû être dur ! - vous avez su conduire le récit linéaire en y introduisant ce va-et-vient avec le passé, la joie avec la peine, les souvenirs lointains avec les souvenirs tout proches.

Et vous arrivez à maintenir l'attention du lecteur jusqu'à la dernière ligne. Oui, le romancier est là, au service d'une cause qui transcende le fait divers, l'anecdote, dont on tire un matériau romanesque, et vous parvenez à donner cette impression de vérité romanesque à quelque chose qui n'est pas romanesque, qui est l'histoire vécue, l'histoire personnelle, le fait du désastre personnel.

Ce à quoi vous arrivez alors est assez impressionnant ! Je vous remercie de m'avoir envoyé ce beau livre (magnifiquement illustré, sur la couverture, par le dessin de votre fille !). " 

Philippe Delaveau

 

" « Annie et les oiseaux » un récit écrit la rage au cœur, par Hervé Jaouen. 

L’auteur, le mari, l’éternel amoureux oscille entre ses tendres souvenirs de couple et la chronologie de quatre mois d’errances médicales qui se terminent par la mort de sa femme.Haut du formulaire

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Annie est morte le 2 janvier 2024. En quatre mois. D’un cancer qu’aucun professionnel de santé n’a su déceler. Depuis ce jour, l’amoureux en deuil survit grâce à l’écriture de son journal. Il y retrace, jusqu’à l’obsession, cette chronologie de la débâcle depuis les erreurs de diagnostics jusqu’à l’encombrement des urgences, puis l’enterrement.

Extérioriser cette descente aux enfers est une nécessité pour l’auteur. Sa rage doit sortir. « Neuf jours en pneumologie, cinq à la maison, quatre dans le couloir des urgences, soit dix-huit jours de flânerie avant d’engager le combat contre le cancer qui aurait peut-être été vaincu si… »

Au-delà de la colère, Hervé Jaouen raconte soixante-trois années d’amour, pour une femme douce, discrète, lumineuse, « qui aimait les oiseaux, les fleurs sauvages, les poèmes de Paul Éluard, les journées d’été et les soirées au coin du feu ».

Il se remémore leurs voyages et leurs balades quotidiennes. Mais depuis ce 2 janvier 2024, chaque sortie est une épreuve insurmontable. « Tout est miné de souvenirs incandescents ». Il a essayé de retourner sur leurs lieux de promenade. « J’ai fait demi-tour. C’est trop dur. Le soir aussi, c’est difficile. Je rêve d’elle toutes les nuits. »

Dans leur refuge de Kerdevot, devenu trop grand pour lui seul, Hervé Jaouen vit une torture continuelle. « En n’étant plus la nôtre, cette maison n’est plus la mienne, je suis en exil dans une maison étrangère. » Une musique qui passe à la radio, une mésange bleue qui toque à la fenêtre, le petit bric-à-brac d’objets hétéroclites d’Annie, « tout, absolument tout, génère des réminiscences qui vous mitraillent ». Il n’a touché à rien. « Les vêtements d’Annie sont dans le placard, ses lunettes dans la chambre. Dans la véranda, ses jumelles sont posées sur la table », prêtes à observer les oiseaux.

Hervé Jaouen entretient sa mélancolie. « Elle me fait mal, elle me fait du bien. Je la cajole. » Et chaque samedi soir, il ne déroge pas à leur rituel. « Nous nous mettions sur notre trente et un. Annie créait l’ambiance musicale. Au coin du feu, nous dînions dans le salon… Deux ans après sa mort, je continue le rituel, j’enfile une chemise blanche, je mets une cravate, je fais du feu dans la cheminée. J’ai l’impression de lui faire plaisir. » "

Ouest-France, 18-19/04/2026   

 

" Merci, merci, grâce à cet hommage fabuleux j'ai appris à mieux vous connaître tous les deux. 

La description du parcours médical que vous avez vécu, (je dis « vous » car tu étais présent à chaque instant, tu faisais corps avec Annie), me sidère. Et je comprends ton ressenti mais aussi je reconnais ta force. Tu n'es pas un breton pour rien, empli de résilience.

Ce vécu traduit dans cet ouvrage est un recueil de modèles, modèles de vie, de savoir-vivre. Mais également, que c'est beau, que c'est beau tout ce que tu écris sur la vie d'Annie, et la tienne par conséquent.

Je pense que je te relirai encore plusieurs fois. "

Andrée D. 

 

" Cher Hervé,

Je viens de recevoir Annie et les oiseaux. Je l'ai lu d'une traite, et refermé en serrant fort ce si beau dessin en couverture :  madone sereine, tête penchée, pleine d'humilité, yeux clos exprimant un moment de plénitude avec la mésange sur l'épaule, tellement gracieux. Je veux croire qu'il y a plein d'Annie dans ce dessin si touchant.... et les larmes me coulent, comme un con ! Au travers de tes bouquins, comment ne pas deviner ce qu'elle était pour toi, ta « fishing widow », ta femme, la mère de vos enfants, ta maîtresse, ta compagne de voyage, ta moitié, ton tout. Oui, je savais ce qu'elle était pour toi, et ton bouquin chemin de croix m'a bouleversé, pour le moins. "

Gérard de Rechniewski 

 

" « Annie et les oiseaux » : l’hymne à l’amour d’Hervé Jaouen à sa femme, « périe dans un naufrage médical »

Le mardi 12 décembre 2023, quand s’ouvre le touchant et poignant nouveau livre d’Hervé Jaouen, cela fait déjà trois jours que sa femme « poireaute » dans le couloir des urgences parmi « les condamnées à attendre ». Un couloir où la pauvre va rester la bagatelle de 96 heures… Le 1er janvier 2024, à dix-huit heures vingt-cinq, coup de tonnerre, Annie s’éteint, vaincue par un cancer généralisé. « Elle n’a pas sombré dans son dernier sommeil, elle a péri dans un naufrage médical », lâche le Finistérien.

Dès le lendemain, au deuxième jour d’un « veuvage enténébré de chagrin », celui-ci a créé un fichier numérique avec pour titre provisoire « Fragments d’amour ». Tapant là le « journal d’un amour en deuil » d’un époux et d’un écrivain poussé par « la nécessité d’opposer au désespoir, le meilleur de notre existence ». L’écrin parfait pour y coucher les souvenirs et y noter les réflexions. Se souvenir de la rencontre de deux jeunes gens, à l’abord de leurs seize ans, un dimanche après-midi dans un café. Le jour heureux où un lycéen en classe de seconde à Quimper se retrouva devant « une fille aux longs cheveux châtains, aux doux yeux noisette piqués d’étoiles vertes et au sourire délicieusement british à cause d’un léger chevauchement des incisives. »

Ces deux-là n’allaient plus se quitter et rester encordés au fil des décennies. Annie acceptant sans rechigner les lubies d’un homme s’isolant le matin dans son « sanctuaire » pour y noircir des feuilles blanches. Avant de se retrouver ensuite et de filer ensemble profiter des bonheurs du dehors. Ce qui permettait à l’auteur de « La Mariée rouge » et de « Que ma terre demeure » de vérifier « la puissante simplicité » des émerveillements de celle qu’il appelait sa « belle » ou sa « douce ». Une femme lumineuse, immanquablement éblouie face à la nature et les oiseaux, tels les fous de Bassan des Sept-Îles (22). Le couple se montrait toujours partant pour organiser une escapade en Irlande, leur colonne vertébrale, et d’y rendre visite, dans le comté de Leitrim, à l’immense écrivain John McGahern qui aurait mérité de rejoindre Seamus Heaney dans la liste des prix Nobel de littérature. Comme ils appréciaient de s’en aller voyager au Monténégro ou en Turquie, les yeux grands ouverts.

Soixante-trois ans de vie commune

Dans les pages de « Annie et les oiseaux », Hervé Jaouen dit avoir cherché à opposer deux choses. Le souvenir élégiaque de cinquante-huit années de mariage et de soixante-trois ans de vie commune à « partager le silence sans jamais se lasser l’un de l’autre ». Et la brutalité d’un effondrement qui n’a pas duré deux mois. En faisant revivre sous sa plume la complicité jamais démentie avec l’ancienne infirmière native de Huelgoat (29) ; en racontant le décès du fidèle chien Farel, mort de chagrin peu après sa maîtresse ou la disparition de Maggie Smith, son actrice favorite. En ne cachant pas sa mélancolie face à la solitude dans leur maison de Kerdevot, à l’absence de leur thé « à five o’clock précises » et de leurs verveines d’après dîner. Aussi impossible de faire autrement, en reprenant un noir et glissant chemin débutant avec un trouble mnésique qui conduit à la débâcle… "

Alexandre Fillon, Le Télégramme 26/04/2026

 

" En décembre 2023, l’écrivain Hervé Jaouen perdait sa femme, Annie, au terme d’un parcours médical chaotique. C’est ce qu’il raconte dans ce livre, tout en ouvrant les portes de la mémoire, pour célébrer l’amour et la complicité qui l’a lié à son épouse pendant des décennies de vie commune. "

Bretons, mai 2026

 

" Hélas, au fur et à mesure, on apprend l’ampleur inexplicable et impardonnable de cette tragédie, même émaillée d'anecdotes et flashbacks empreints de douceur, de bonheur et parfois d’humour. Ce qui malheureusement n’exclut pas la douleur, virulente, constante qui s’incruste dans votre vie.

J’admire l’auteur qui a eu le courage d’expliquer sa douleur personnelle causée par une malveillance grave qui n’aurait pas dû l’être et, en même temps, a le talent de l’enrober du parfum des plus beaux et inoubliables souvenirs. Je n’ai jamais un livre sur le deuil aussi plein de vie et d’amour ! "   

Renée Plantureux

 

" Je sors un peu étourdie de ma lecture. Le récit d’un amour, le récit d’un naufrage médical, le récit du deuil. J’ai souri, j’ai pleuré aussi bien sûr, en replongeant dans les souvenirs de cet interminable hiver, voilà deux ans, où j’ai perdu ma mère. 

Pendant plusieurs semaines, j’ai peint des oiseaux, comme une thérapie. Et au retour du printemps, j’ai ressenti le besoin de graver ce portrait d’elle, qui aujourd’hui illustre ce journal d’un amour en deuil que mon père tenait de son côté. Comme si mots et image se répondaient, m’a-t-il dit. "

Caroline Jaouen-Mailloux @bed.bihan caroline

 

" Je viens de terminer ce « Journal d’un amour en deuil » et je veux vous faire part de l’émotion qui m’a étreint tout au long de la lecture. Ce magnifique texte dans lequel vous livrez votre cœur dévoile l’immense complicité qui vous unissait à votre épouse, sans oublier l’amour de la nature, de la Bretagne et de l’Irlande. J’ai rarement été aussi touché par un récit et je vous en remercie infiniment. "

Jean-Paul Guéry

 

" J'ai lu d 'une traite " Annie et les oiseaux ". Très émouvant, je ne pouvais le lâcher...

C'est une ode à la nature en même temps qu'une belle et longue histoire d'amour qui me prend dans les tripes, surtout que je vous connais bien. Ce récit est bouleversant car il dénonce le naufrage du système hospitalier public par manque de moyens. On est pris du début à la fin par une immense empathie liée à un sentiment d'impuissance face à l'inéluctable tragédie qui se joue tout au long de ce récit, à la fois réaliste et d'une grande beauté littéraire.

Je te remercie aussi de m'avoir inclus, ici et là, dans cette histoire car, effectivement, c'est au festival du livre de Carhaix que j'avais discuté pour la dernière fois avec Annie dont rien ne laissait soupçonner une fin aussi rapide. 

Je conseillerai cet ouvrage à des amis, notamment ceux du milieu hospitalier.

Merci d'avoir su, dans la douleur certes, transmettre avec tant de lucidité, cette force de révolte, surtout cet amour que même la mort ne peut interrompre. Merci aussi pour ces pages si sensibles ou jamais le pathos ne trouve complaisance. Annie est désormais inscrite parmi les fleurs et les oiseaux, son sourire et son élégance nous resteront en mémoire. "

Louis Bertholom

 

" Merci cher Hervé d'avoir pensé à me faire envoyer ton livre. Je l'ai lu, non pas d'une traite, mais vite, la gorge serrée, puis les larmes aux yeux lorsque la musique s'en mêle et que j'ai l'impression d'y être. Les appréciations littéraires ne sont guère de mise, pourtant je ne peux m'empêcher d'admirer, lorsque le talent et l'authenticité jouent si bien leur partition. Le romancier fait son travail d'analyste et scrute le fonctionnement de la médecine, quand l'homme tient ce journal bouleversant, où le quotidien de la maladie reçoit les images projetées d'une vie entière, d'une vie commune : vous vous entendiez si bien.  Merci d'avoir partagé ce tombeau dans un livre, désormais le lieu de recueillement de tous ceux qui, à travers tes lignes, ont aimé cette femme si élégante, et en conservent la présence. " 

Daniel Morvan 

 

" Cher Hervé,

Oui j’ai lu avec beaucoup d’émotion Annie et les oiseaux (très beau titre), j’ai pleuré, j’ai grogné, j’ai aimé. Ton livre est celui d’un homme debout, celui d’un écrivain dont le cœur tremble, celui dont la main a l’assurance des grands textes. Je suis encore plus fier d’être votre ami, ton ami, celui à qui tu avais confié notamment L’amour dans les sixties. 

Tu fais confiance au lecteur en le mettant à bonne distance de ton récit. La construction et la forme choisies y contribuent. Entre narrations presque cliniques et évocations intimes, nous traversons le temps, passé et présent, au plus près de votre histoire, sans jamais se sentir indiscret. C’est avant tout une histoire d’amour dont la force profonde exprime la puissance et l’indicible de son origine. De ce mystère qui unit deux êtres comme vous, tu as écrit une histoire qui se partage et s'accompagne tout au long de sa lecture. Tu as su donner la parole à chacun, et singulièrement à Caroline. Tes descriptions sont maîtrisées comme tu sais si bien le faire et la présence des oiseaux illumine celle d’Annie.

Encore merci Hervé. 

Je te joins le texte que Cypris a écrit au terme de sa lecture avec la pudeur que je lui connais. Je partage tout son propos. "

Yves Bescond

 

" « Quand elle est morte, que dire d’une femme que vous avez aimée, et qui vous a aimé, pendant soixante-trois ans ? »  

Hervé Jaouen prend la plume dès le lendemain du départ de sa femme Annie. Un récit d’une grande émotion retenue, sans pathos : c’est d’un enchaînement de faits dont le lecteur se fait le témoin désemparé, témoin des ratés de cette chaine apparemment rationnelle de rendez-vous et d’examens. 

Il fallait l’écrire. En rendre compte. Rendre compte d’une insuffisance, d’une absence de temps pour interroger les symptômes et la curieuse inefficacité du traitement mis en place, une absence de temps pour une concertation réfléchie sur le résultat des examens. Hervé Jaouen écrit : « Elle n’a pas sombré dans son dernier sommeil, elle a péri dans un naufrage médical. » 

« Naufrage médical », malheureusement l’expression est juste et imprègne l’histoire de la détresse des regrets, comme lorsque erreur-confusion-gâchis écrase un peu plus la réalité d’une situation alarmante qui imposait au contraire attention-recherches-communication. 

Alors Hervé Jaouen laisse ouverte la porte de la mémoire pour continuer de vivre avec Annie :

« Il n’y a guère, un samedi soir, au coin du feu, Annie badinait : — Entre nous, ça n’a pas été le coup de foudre, mais quelque chose de mille fois plus fort, sans qu’on ait eu besoin de chercher à savoir quoi. »

Et Hervé Jaouen de confier : « Elle venait d’avoir seize ans et je ne les avais pas encore lorsque nous nous sommes rencontrés pour la première fois. » 

Car c’est une histoire d’amour peu ordinaire dont il va rendre compte. Une longue vie ensemble où l’égard pour la personne de l’autre, la considération pour sa vie personnelle et son rythme nécessaire, ne se démentent pas. Avec la mise en place d’un magnifique « Je suis tu es nous sommes » Hervé Jaouen évoque au gré de la survenue des images, souvenirs de voyages, rencontres, fêtes, rituels intimes. Et l’Irlande, et la terre de Bretagne. Avec la grande précision de l’observateur hors pair qu’il est, mais toujours avec ce vrai respect de l’autre qui place le lecteur en position d’ami témoin, jamais de voyeur. Il nous permet de suivre leur vie, une vie de couple, un couple « d’inséparables solitaires vivant une sorte d’autarcie amoureuse » comme lui dira leur fille Caroline après l’inhumation.

Un récit singulier, remarquable, nécessaire. "

Cypris Kophidès

  

" Ce que vous [m’]écrivez de votre livre est très émouvant. Je comprends tout à fait votre position face à l'invention romanesque, qui n'est pas de même nature. Qui n'atteint pas aux mêmes profondeurs. Votre titre est très beau : les oiseaux font concevoir la vie qui demeure, et donnent au prénom un mouvement, quelque chose d'aérien comme le ciel où les oiseaux s'élancent, alors qu'ils sont maladroitement terrestres. Votre épouse semble être saisie dans l'action, dans la vie – avec ces animaux les plus fragiles, qui habitent nos jardins. "

Philippe Delaveau

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